Accoucher chez soi

Accoucher chez soi : pour qui, pourquoi ?

Beaucoup de femmes ne savent même pas que c’est possible : en France, on peut accoucher chez soi ! C’est le choix que j’ai fait pour la naissance de mon deuxième enfant. L’accouchement accompagné à domicile (AAD) se prépare avec une sage-femme libérale qui le pratique, dans le cadre du suivi global de la grossesse. Si chez certains de nos voisins cette option est relativement commune et bien acceptée, ce n’est pas toujours le cas en France, où les femmes qui souhaitent accoucher hors maternité se heurtent à pas mal d’obstacles et de préjugés. Peut-être que cette belle aventure vous tente vous aussi, alors je vous propose donc de faire le point ensemble.

Mais pourquoi donc vouloir accoucher chez soi ?

Chacune a sa raison !

Il y a plein de bonnes raisons de vouloir accoucher à la maison, et chaque femme a les siennes ! Selon Sophie Gamelin-Lavois, autrice du livre La naissance autrement, les motifs les plus courants sont :

  • Le souhait de rester libre de ses mouvements et actrice de son accouchement
  • Instaurer un climat de confiance avec sa sage-femme et son conjoint
  • Vouloir une expérience différente après un accouchement traumatisant en maternité
  • La peur de l’hôpital ou le refus de la sur-médicalisation
  • Ne pas laisser son aîné seul pendant plusieurs jours
  • Simplement l’envie d’accueillir son bébé à la maison
Accoucher à la amison
Crédit photo : www.sofy.ch. Merci à Céline Adamcik Bussien.

Pourquoi j’ai choisi d’accoucher chez moi ?

Pour ma part, j’ai vécu un premier accouchement à la maternité assez traumatisant. Mon projet de naissance n’a pas été respecté, je me suis sentie dépossédée de mon corps et infantilisée. Pour couronner le tout, j’ai eu des séquelles importantes qui auraient pu être évitées. Lors de ma deuxième grossesse, je n’avais aucune envie de revivre le même type d’accouchement. J’ai beaucoup lu, j’ai échangé avec d’autres mamans et avec ma sage-femme et finalement, je me suis tournée vers l’accouchement à domicile. J’ai la chance de vivre dans un département où les sages-femmes qui accompagnent l’AAD sont nombreuses.

Mon deuxième accouchement a été magique, je le raconterai dans un prochain article. En tout cas, je ne regrette absolument pas ce choix, et si j’avais un troisième enfant, je repartirais sans hésiter sur une naissance à la maison !

Donner naissance chez soi permet de se créer sa bulle, son cocon, sans être interrompu par des allers et venues, par des gestes médicaux intrusifs, par des questions en tous genres. Pas de lumière désagréable, d’odeurs d’hôpital ou de bips stressants. Pas non plus de perfusion plantée dans le bras, ni de sangle autour du ventre puisque le monitoring n’est pas continu.

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Accoucher chez soi, pourquoi ?
Crédit photo : Emilie Sarrazin. Merci à Rébecca Stainer.

On choisit donc la pièce où on veut être, la température, la lumière, la musique, la déco. L’ambiance est intime et feutrée. Il est possible de prendre des douches ou bains quand on le souhaite, de manger et boire si on en ressent le besoin. On se sent aussi plus libre de vocaliser (faire des oooooooh bien graves, c’est ce qui m’a le plus aidée !).

Tout ça crée une atmosphère sécurisante propice à la sécrétion d’ocytocine, et ça tombe plutôt bien puisque c’est l’hormone phare de l’accouchement !

J’ai aussi énormément apprécié le suivi global et la relation de confiance qui s’est établie avec mes deux sages-femmes (elles travaillent en binôme). Les rendez-vous de suivi de grossesse n’avaient absolument rien à voir avec ceux que j’avais connus précédemment avec ma gynéco toujours pressée. Les sages-femmes prennent beaucoup plus le temps, et on peut discuter de tout, pas seulement des aspects purement médicaux de la grossesse.

Et enfin, quel bonheur de pouvoir être tous ensemble chez nous dès le début ! Avec des bons repas faits maison, mon lit, le calme… 

Qui peut accoucher à domicile ?

Les femmes qui présentent une grossesse à bas risque…

Pour des raisons évidentes de sécurité de la mère et de l’enfant, l’accouchement à domicile est réservé aux femmes en bonne santé, dont la grossesse est considérée comme “à bas risque”.

Les pathologies comme le diabète gestationnel ou l’hypertension, ainsi que les grossesses gémellaires ou la présentation du fœtus en siège, constituent par exemple des contre-indications à l’AAD.

Tout au long du suivi de la grossesse, les voyants doivent rester au vert pour que le projet puisse se concrétiser.

Accouchement à domicile

… A condition de trouver une sage-femme qui pratique les accouchements à domicile

Selon un sondage Ifop de Janvier 2021, 17% des femmes de 18 à 45 ans souhaiteraient “tout à fait” accoucher chez elles. Sauf que dans les faits, seulement 0,2% des femmes environ ont accouché à domicile en 2020. Pourquoi un tel écart entre la théorie et la réalité ?

On compte aujourd’hui un peu moins d’un centaine de sages-femmes pratiquant l’AAD. C’est beaucoup trop peu pour pouvoir répondre à la demande. Dans certains départements, il est carrément impossible de trouver une sage-femme pour accompagner un projet de naissance à la maison.

Si elles sont si peu nombreuses, c’est d’une part parce que cette pratique est montrée du doigt par une partie du corps médical. Mais aussi, et surtout, parce que les sages-femmes libérales doivent obligatoirement souscrire à une assurance professionnelle pour couvrir les risques inhérents à leur pratique. Or, cette fameuse assurance a un coût exorbitant, absolument impossible à payer avec les honoraires qu’elles reçoivent. Cette pénurie conduit de plus en plus de femmes à accoucher seules chez elles, avec les risques que cela représente.

Pour savoir si une sage-femme libérale pratique l’AAD près de chez vous, vous pouvez consulter l’annuaire de l’APAAD (Association Professionnelle de l’Accouchement Accompagné à Domicile).

Accoucher chez soi, le jour J
Crédit photo : Emilie Sarrazin. Merci à Rébecca Stainer.

Accoucher chez soi : comment ça se passe ?

Un accompagnement global, de la grossesse au post-partum

Si vous avez le souhait d’accoucher à la maison, contactez une sage-femme libérale qui pratique l’AAD le plus tôt possible. En effet, comme dit plus haut, les places sont chères et les plannings se remplissent longtemps à l’avance.

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De plus, pour un accouchement à domicile serein, il est indispensable qu’une réelle relation de confiance mutuelle se crée entre la sage-femme et les futurs parents. Cela prend du temps. Accoucher chez soi nécessite une préparation particulière, différente et plus poussée (oh, le jeu de mots !) qu’en maternité. C’est pourquoi cette décision doit se prendre en amont, même s’il est toujours possible de faire marche arrière à n’importe quel moment ! 

Les sages-femmes libérales font ce qu’on appelle un suivi “global” : elles accompagnent la grossesse, l’accouchement et le post-partum. Elles procèdent à tous les examens et prescriptions nécessaires, tant que la grossesse reste normale. En cas de pathologie particulière, elles orientent vers un médecin gynécologue-obstétricien.

En plus du suivi purement médical, vous allez discuter de votre projet d’accouchement, de votre état émotionnel, de vos craintes, etc.. et vous préparer du mieux possible pour le jour J. Rien à voir avec le suivi “à la chaîne” des grandes structures hospitalières.

En parallèle, il est nécessaire de s’inscrire dans une maternité, qui vous demandera de prendre un rendez-vous avec un anesthésiste et éventuellement un gynécologue ou une sage-femme de l’établissement, pour anticiper un éventuel transfert en cours de travail ou simplement un changement d’avis de votre part.

Accoucher chez soi en piscine

Le jour de l’accouchement

L’accouchement se passe dans l’intimité du cocon familial, avec la mère, le père ou le second parent et la sage-femme (ou les sage-femmes). Certaines femmes font également appel à une doula et/ou une photographe. Les aînés sont parfois présents aussi, suivant leur âge et les souhaits de chacun.

La sage-femme viendra avec du matériel médical (monitoring, instruments de réanimation, produits de perfusion…), mais attention, accoucher chez soi veut forcément dire sans péridurale ! La sage-femme n’utilise pas non-plus de forceps ou de ventouse, seuls les médecins sont habilités à le faire. De votre côté, vous aurez préparé des compresses, alèses et autres serviettes selon la liste fournie.

La sage-femme accompagne le travail dans le respect de la physiologie. Elle apporte un soutien dans la gestion de la douleur de manière naturelle si la mère le souhaite (massages, mouvements, respirations,…), ou bien laisse le couple dans sa bulle. Il n’y a pas de règle. Il est généralement possible de faire une partie du travail, voire même d’accoucher dans l’eau, grâce à une piscine gonflable spéciale, achetée ou louée pour l’occasion.

Au moindre signe de complication, ou en cas de travail trop long, la sage-femme ne prendra aucun risque et donnera le signal du transfert vers l’hôpital. Il peut se faire en voiture, en ambulance ou avec les pompiers. Grâce à l’anticipation et à la prévention, les transferts en urgence sont extrêmement rares. Une fois à la maternité, il est possible que votre sage-femme libérale ne puisse plus vous suivre : la responsabilité est transférée au personnel de l’établissement.

Crédit photo : Lunea Images. Merci à Aurélie Vrillaud.

Le post-partum

La sage-femme libérale continue le suivi après l’accouchement. Elle assure la surveillance de l’état de santé de la mère et de l’enfant dans les minutes, les heures et les jours qui suivent la naissance : suite de couches, allaitement, suivi du bébé (état respiratoire et neurologique…). Là encore, au moindre signe d’alerte, elle organisera un transfert vers l’hôpital. Plus tard, elle peut aussi vous accompagner pour la rééducation du périnée.

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Pour en savoir plus sur le post-partum version slow, vous pouvez lire aussi l’article sur Le Mois d’Or.

Les risques : quelques chiffres sur l’accouchement à domicile

Dans certains pays d’Europe comme le Royaume-Uni ou les Pays-bas, accoucher à la maison est relativement banal et considéré comme sécuritaire. En France, en revanche, la majorité des médecins et sages-femmes sont assez réfractaires à cette alternative. Et si vous parlez d’AAD autour de vous, il y aura toujours quelqu’un pour vous dire que son bébé ou lui-même ne serait pas de ce monde si la naissance n’avait pas eu lieu dans une maternité.

Pourtant, plusieurs études ont montré que dans le cas d’une grossesse normale, accoucher chez soi avec une sage-femme libérale n’est pas plus risqué que d’accoucher à l’hôpital. Notamment, une méta-analyse de 2019 portant sur plus de 500 000 naissances conclut que les risques de mortalité néonatale et périnatale sont équivalents entre la maternité et la maison (pour des grossesses à bas risque, avec une sage-femme bien formée et une bonne intégration dans le système de santé).

De plus, selon le rapport de l’APAAD de 2020, accoucher à la maison apporte des bénéfices avec lesquels l’hôpital ne peut pas rivaliser, notamment un taux d’épisiotomies de 0,5% seulement et un périnée complètement intact dans 64,5% des cas.

Accoucher chez soi, combien ça coûte ?

L’accouchement à domicile est remboursé seulement à hauteur de 300 euros par la Sécurité Sociale. C’est bien dommage, car un séjour en maternité coûte bien plus cher ! Sachant qu’un AAD implique une astreinte 24h/24 pendant le dernier mois de grossesse, la majorité des sages-femmes n’ont pas d’autre choix que de pratiquer des dépassements d’honoraires pour vivre dignement. Ces dépassements sont très variables d’une région à l’autre. Ils sont en général compris entre 300 et 1500 euros. La mutuelle peut en prendre une partie à sa charge, n’hésitez pas à vous renseigner !

Accoucher chez soi, combien ça coûte ?
Crédit photo : Lunea Images. Merci à Aurélie Vrillaud.

J’espère que cet article vous aura un peu éclairé sur cette façon différente de donner naissance à son enfant. Si vous êtes tentée par l’accouchement à la maison et que vous avez des questions, posez-les dans les commentaires et j’y répondrai avec plaisir !

Photo de couverture : www.sofy.ch. Merci à Céline Adamcik Bussien.

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7 réflexions sur “Accoucher chez soi : pourquoi, comment ?”

  1. Pour les « entre-deux » qui, comme moi, préfèrent éviter toute médicalisation inutile, les maisons de naissance sont aussi un bon compromis je trouve. Nous sommes en Suisse mais il me semble qu’il y en a également de plus en plus en France.
    Elles sont souvent proches d’une strucutre hospitalière plus importante (en tous cas, ici, c’est un des critères d’implantation). C’est rassurant pour les proches réfractaires.
    Les aînés peuvent également être présents ou dans une pièce tout proche, la maman peut boire, manger, choisir sa position, se déplacer…
    Personnellement, ayant des animaux, je préfère ne pas acoucher à mon domicile. Question d’hygiène, les poils de chien sont très volatiles et je suis très proche de ma chienne et de mes cochons d’inde, je ne veux pas leur faire peur (ou me retenir pour ne pas leur faire peur).
    Sauf erreur, car j’ai beaucoup lu de livres français, les maisons de naissance sont également structures employeuses pour les sages-femmes, leur évitant des frais trop importants. Certaines d’entre-elles sont d’ailleurs un peu en MDN et un peu à domicile…

    Quels que soient les choix de chacun, je vous souhaite que ceux-ci soient respectés !

    1. Bonjour et merci pour ce commentaire 😊. Effectivement, en Suisse, les maisons de naissance sont une super alternative (j’ai vécu aussi en Suisse). En France, il en existe assez peu, car après 5 ans d’autorisation provisoire, elles ont seulement été autorisées à pérenniser leur activité fin 2021. Ces établissements ressemblent cependant assez peu aux maisons de naissance suisses : elles sont au sein de l’hôpital lui-même et il n’est pas possible d’y rester après l’accouchement. Les maisons de naissance se heurtent aussi à une forte résistance de certains gynécologues, qui les jugent malgré tout pas assez sûres, ce qui freine leur expansion (car il faut obligatoirement une bonne collaboration entre la MDN et l’hôpital auquel elle est rattachée). Ils se prononcent plutôt en faveur des salles nature, qu’ils considèrent plus sûres (mais qui ‘offrent pas du tout la même expérience). Bref…

  2. Merci pour ton partage d’informations et d’expérience ! J’ai découvert l’AAD en cours de grossesse avec plusieurs beaux témoignages et podcasts. Pour cette première (terme dans un peu plus d’1 mois !), je serai dans une maternité de niveau 1 qui est connue pour son ouverture d’esprit et le respect de la physiologie, et je garde la possibilité d’un AAD pour une future grossesse 🙂

  3. Très bel article avec en prime ton expérience personnelle, bravo ! Merci d’avoir aussi bien répondu aux questions légitimes (pratiques et psychologiques) que l’on se pose sur l’accouchement à domicile.

  4. J’ai aussi accouché de mon deuxième enfant à la maison après un premier accouchement traumatisant à l’Hôpital. Tu as écrit un très belle article et je recommande aussi à toutes les mamans en bas risques de grossesse d’accoucher à la maison.

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